Côte d’Ivoire : Le cajou accélère sa transformation, mais la valeur ajoutée reste à conquérir
La Côte d’Ivoire accumule les records dans le cajou, les chiffres impressionnent. Les exportations d’amandes ont bondi de 51 % sur les cinq premiers mois de 2026, propulsant le pays au rang de deuxième exportateur mondial derrière le Vietnam. Cette progression traduit l’efficacité des mesures prises par le Conseil du Coton-Anacarde pour privilégier l’approvisionnement des usines locales. Les investissements privés, les incitations fiscales et les primes à l’exportation ont également accéléré la montée en puissance d’un appareil industriel dont les capacités dépassent désormais 830 000 tonnes. La baisse parallèle des exportations de noix brutes confirme que davantage de matière première reste sur le territoire pour être transformée.
Cette dynamique constitue une avancée tangible. Transformer localement crée davantage d’emplois, développe des compétences industrielles et limite les pertes de valeur associées aux exportations de produits bruts. Pendant longtemps, la Côte d’Ivoire s’est contentée d’alimenter les usines asiatiques. Cette logique commence enfin à évoluer.
Pourtant, le cœur du problème subsiste. Une part croissante des amandes semi-finies prend toujours la direction du Vietnam, où elles sont dépelliculées, conditionnées, commercialisées et revendues sous identité vietnamienne. La valeur ajoutée des dernières étapes, celle qui génère les marges les plus importantes, continue ainsi d’échapper aux transformateurs ivoiriens. Les gains industriels restent limités tant que les segments les plus rémunérateurs demeurent concentrés ailleurs.
Cette dépendance traduit une faiblesse financière autant qu’industrielle. Les entreprises locales disposent rarement des fonds de roulement nécessaires pour conserver les stocks, investir dans les équipements de finition ou développer leurs propres marques. Elles privilégient alors des ventes rapides qui sécurisent leur trésorerie, mais enferment la filière dans une spécialisation peu rentable.
Le véritable tournant ne sera donc pas mesuré par le nombre d’usines ouvertes ni par les volumes exportés. Il dépendra de la capacité de la Côte d’Ivoire à maîtriser l’ensemble de la chaîne, du décorticage jusqu’au produit fini vendu sous son propre label. Sans cette ambition, les records actuels risquent de consacrer une réussite industrielle incomplète, où la croissance existe, mais où la richesse continue de voyager.
M.Mensah
