Soudan : Eltaishi et la construction d’un « gouvernement fondateur » : la périphérie redessinera-t-elle la carte du pouvoir au Soudan ?
Émergeant des confins d’une géographie oubliée et des vagues tumultueuses de la crise soudanaise, Mohamed Hassan Eltaishi s’impose comme l’une des figures politiques les plus controversées. Son nom porte en lui l’héritage du désert et les transformations majeures de l’histoire du pays, comme s’il incarnait symboliquement une tentative de redessiner la carte du pouvoir de la périphérie vers le centre. Eltaishi, qui a quitté son siège au Conseil de souveraineté de transition suite au coup d’État militaire mené par Burhan en octobre 2021, est revenu sur le devant de la scène, non plus comme artisan de la paix dans les salles de négociation, mais comme architecte exécutif d’une entité parallèle née du creuset du conflit armé, nourrissant une vieille ambition : établir ce qu’il appelle un « Nouveau Soudan » sur les ruines de l’ancien État.
La mise en place du gouvernement : La déclaration parallèle de Khartoum
Officiellement, Mohamed Hassan Eltaishi a prêté serment comme Premier ministre du « Gouvernement de paix et d’unité » (également connu sous le nom de « Gouvernement fondateur ») le 31 août 2025. Cette nomination s’inscrivait dans le cadre d’une large alliance politico-militaire dirigée par les Forces de soutien rapide, en collaboration avec le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N) d’Abdelaziz al-Hilu et d’autres forces civiles. Cette alliance a ainsi instauré une autorité exécutive parallèle chargée de gérer les affaires des zones sous son contrôle.
Premières mesures : Construction du front et affirmation de la souveraineté
Immédiatement après sa prestation de serment, Eltaishi s’est attelé à consolider son pouvoir par une série de mesures souveraines rapides visant à combler le vide administratif et à obtenir une reconnaissance internationale. Sa première décision, et la plus marquante, fut de nommer Quni Mustafa Abubakr Sharif représentant permanent de son gouvernement auprès des Nations Unies, afin de s’implanter sur la scène onusienne. Début septembre 2025, il promulgua des décrets d’urgence nommant Ammar Amoun ministre des Affaires étrangères, Suleiman Sandal ministre de l’Intérieur et Alaa El-Din Naqd ministre de la Santé. Il mit ensuite en œuvre la Constitution de transition de 2025 comme cadre juridique, remplaçant intégralement la Déclaration constitutionnelle de 2019.
Résultats et réalisations : Tentatives de construction de la structure étatique
Au cours des mois précédents, les efforts d’ Eltaishi se concentrèrent sur l’institutionnalisation de la gouvernance décentralisée et le rétablissement des fonctions administratives. Ses activités jusqu’à mi-2026 peuvent se résumer en trois axes principaux :
Premièrement, la mise en place des structures ministérielles. En mai 2026, il a promulgué d’importants décrets nommant huit nouveaux ministres (dont Osama Saeed à la Justice et Carlo John aux Finances), ainsi que quatre sous-secrétaires et quatre directeurs généraux d’institutions essentielles telles que la Police fédérale, l’Autorité fiscale et l’Agence de presse.
Deuxièmement, il a initié la création du « Conseil des régions », composé de 24 membres, destiné à constituer l’organe législatif constituant et à garantir le système fédéral de gouvernement. Troisièmement, et c’est le plus important, il s’est attelé à la gestion de la crise humanitaire. Son gouvernement a fait preuve d’une volonté inconditionnelle de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et de coopérer avec les organisations internationales pour lutter contre la menace de famine et sécuriser les voies de pâturage et les marchés dans les zones sous son contrôle.
L’avenir et les espoirs : des enjeux complexes dans un contexte tendu
Face à cette réalité complexe, tous les regards sont tournés vers Eltaishi pour observer ce que son gouvernement parviendra à accomplir malgré les défis sécuritaires et politiques considérables. On attend beaucoup de lui dans la phase à venir, car il devra relever un véritable défi de gouvernance en transformant les structures ministérielles, actuellement purement théoriques, en institutions de service efficaces, capables d’assurer la sécurité, de protéger les civils et de faciliter le retour des personnes déplacées dans leurs foyers.
Il devra également poursuivre son projet déclaré de lutter contre ce qu’il qualifie de domination du mouvement islamiste et de démanteler l’influence de l’ancien régime sur l’appareil d’État. Tout cela en faisant face au défi majeur que représente l’absence de reconnaissance internationale ou régionale officielle de son gouvernement, et en tentant de tirer parti des initiatives de paix internationales (telles que le Quartet) pour établir des trêves humanitaires qui conféreraient à son administration une légitimité concrète.
