Afrique : Goodluck Jonathan, le cri d’alerte face à l’érosion démocratique africaine

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En s’exprimant lors du Dialogue démocratique 2026 de sa fondation à Bauchi, l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan n’a pas seulement livré un plaidoyer pour l’État de droit ; il a posé un diagnostic géopolitique lucide sur la crise de gouvernance qui traverse le continent. L’Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui fracturée entre deux trajectoires antagonistes : d’un côté, des régimes constitutionnels en quête d’autorégulation ; de l’autre, le bloc du Sahel entré en rupture révolutionnaire.

Dans le premier schéma ; incarné par des pays comme le Nigéria, le Ghana ou le Sénégal, la démocratie ne périt pas sous les coups d’État, mais s’érode de l’intérieur. Comme l’a souligné Goodluck Jonathan, le risque majeur y est de transformer la démocratie en une « simple façade ». Ce modèle souffre de deux maux systémiques : la défaillance de la démocratie interne au sein de partis politiques devenus de simples écuries électorales sans vision patriotique, et la judiciarisation du politique, où les tribunaux remplacent la souveraineté populaire pour trancher les litiges électoraux. En organisant des scrutins réguliers mais vidés de leur substance éthique, ces régimes créent un sentiment de frustration citoyenne massive, exposant la vulnérabilité du modèle libéral classique.

C’est précisément l’aboutissement de cette dérive institutionnelle qui explique le second schéma : celui du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La transition de ces pays vers des régimes militaires souverainistes n’est pas un accident isolé, mais le produit direct de l’échec des démocraties formelles à répondre aux défis sécuritaires et sociaux. Goodluck Jonathan touche le nœud géopolitique du problème en affirmant qu’une « application rigide du modèle libéral occidental, sans prise en compte des contextes locaux », alimente le recul démocratique. Au Sahel, l’inadéquation entre des institutions importées et les réalités sécuritaires du terrain a provoqué le rejet pur et simple du modèle. La population y a plébiscité la rupture militaire et patriotique face à ce qu’elle percevait comme une illusion démocratique sous tutelle extérieure.

La démonstration de l’ancien chef d’État nigérian établit une passerelle critique entre ces deux mondes : si les démocraties établies ne réforment pas d’urgence leurs institutions en s’appuyant sur des piliers d’équité, de transparence et d’adaptation aux réalités africaines, le schéma sahélien du rejet systémique risquera de se généraliser. L’Histoire ne jugera pas l’Afrique au nombre de bulletins déposés dans les urnes, mais à la résilience des institutions qu’elle érige. Pour contenir la vague des ruptures extra-constitutionnelles, la classe politique africaine doit cesser de capter le pouvoir par les prétoires et réinventer un contrat social endogène, capable de garantir à la fois la liberté, la sécurité et la souveraineté.

Malika Mensah

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