Soudan : Le rôle des Frères musulmans dans la guerre, la destruction de l’État et le déplacement de sa population

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Des milliers de combattants ayant travaillé pour les services de renseignement généraux et liés au mouvement islamiste, ainsi que des milliers d’autres islamistes, ont rejoint l’armée un an après le début du conflit en avril 2023, compliquant les efforts pour mettre fin à l’effusion de sang. Cette situation a rendu la nature de la guerre plus claire et plus manifeste, révélant l’entité qui continue de l’alimenter et de la perpétuer, et mettant en évidence son rôle dans le sabotage de toute perspective de solution.

Quiconque possède une connaissance même élémentaire des affaires soudanaises peut sans équivoque accuser les Frères musulmans d’être responsables de cette tragédie qui frappe le peuple soudanais.

Les Frères musulmans font obstruction à la cessation des hostilités

Malgré l’immense destruction causée par la guerre, qui dure depuis plus de trois ans, des groupes politiques et médiatiques dirigés par des membres du Parti du Congrès national – branche politique des Frères musulmans – promeuvent ouvertement la poursuite des combats et rejettent toute tentative internationale ou régionale de reprise des négociations. Les observateurs ont identifié trois raisons expliquant l’opposition des dirigeants des Frères musulmans aux efforts déployés par les acteurs internationaux et régionaux pour mettre fin à la guerre. Ils soulignent que les tentatives d’obstruction trouvent un écho auprès de certains chefs militaires, en raison de motivations communes. Parmi ces motivations figurent le désir de l’organisation de revenir au pouvoir sous protection militaire, d’échapper aux poursuites judiciaires pour des crimes graves tels que la dispersion violente du sit-in devant le quartier général de l’armée en juin 2019, de freiner le démantèlement des structures de pouvoir et la lutte contre la corruption de l’ancien régime, et d’étouffer l’affaire du coup d’État de 1989.

Les milices des Frères musulmans ont constamment contrôlé le cours des combats, mettant en avant et célébrant leurs victoires. Parmi elles figure la brigade Al-Bara’ bin Malik, qui s’est imposée comme une force majeure durant la guerre du Soudan, à l’instar d’autres brigades djihadistes islamistes (telles qu’Al-Barq Al-Khatif et Ansar Allah) intégrées aux forces de réserve des Forces spéciales, elles-mêmes issues des Forces de défense populaire dissoutes par la révolution de décembre 2019.

Selon une étude de l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, les Forces de défense populaire du Soudan ont été constituées en entité juridique en novembre 1989, comptant environ 100 000 combattants, avant d’être dissoutes et transformées en force de réserve sous l’autorité du ministère de la Défense le 7 janvier 2020.

L’influence des Frères musulmans

La domination des Frères musulmans (le Mouvement islamique) sur les centres de décision au Soudan est indéniable. Selon l’analyste Abdul Jalil Suleiman, qui écrit sur le site web « Hafriyat » sous le titre « L’empreinte des Frères musulmans », le groupe ne se contente plus de gérer des opérations militaires sur le terrain, mais est devenu de facto l’architecte des plans politiques et le principal artisan de la diplomatie au sein du gouvernement de facto de Port-Soudan.

Les observateurs estiment que l’organisation a renforcé son emprise sur les leviers du pouvoir en s’appuyant largement sur le personnel de sécurité et diplomatique de l’ancien régime d’Omar el-Béchir, reproduisant la même rhétorique de mobilisation, djihadiste et idéologique par la militarisation de la société sous la bannière des « mobilisés » et des brigades parallèles comme « al-Bara’ ibn Malik ». L’influence des Frères musulmans est manifeste dans la gestion des relations extérieures ; l’organisation, par l’intermédiaire de ses membres réfugiés à Ankara, est parvenue à consolider ses liens avec la Turquie afin de garantir l’acheminement de fournitures et d’un soutien technique. Parallèlement, le groupe exploite le besoin de stabilité de l’Égypte et de l’Érythrée pour obtenir un soutien diplomatique vital, sous couvert de défendre les « institutions étatiques officielles ». À l’inverse, son aile radicale au sein de l’armée, dirigée par le lieutenant-général Yasser al-Atta, mène une politique étrangère agressive, multipliant les déclarations virulentes à l’encontre des dirigeants des pays voisins et régionaux (comme les Émirats arabes unis, le Tchad et le Kenya) afin de saboter les relations et de faire échouer toute solution négociée susceptible d’exclure l’organisation de la scène politique. Cette situation a conduit Port-Soudan à nouer des alliances militaires douteuses avec l’Iran et la Russie en échange d’infrastructures maritimes. L’Armée rouge a ainsi pu s’approvisionner en armes et prolonger le conflit.

Brigade Al-Baraa Bin Malik

La brigade Al-Baraa se distingue par son effectif plus important et son influence grandissante, la plupart de ses chefs appartenant à la nouvelle génération de jeunes islamistes hostiles aux forces démocratiques qui ont renversé leur régime.

Quelques heures après le premier coup de feu tiré à la mi-avril 2023, le commandant de la brigade écrivait sur sa page Facebook : « L’ordre d’armer les troupes a été donné.» Il publiait également une vidéo sur la page des Forces centrales de réserve confirmant la réception d’armes provenant des dépôts de l’armée soudanaise, alors même que l’ordre de mobilisation des réservistes n’avait été donné que plus d’un mois plus tard.

Fin juin 2023, la brigade refait surface suite à la diffusion de vidéos de ses opérations sur le terrain. Le 4 juillet 2023, une vidéo montrait ses forces et d’autres brigades populaires se rassemblant au camp des « Aigles de la Réserve centrale ».

Préparation et entraînement

La brigade Al-Baraa Bin Malik prépare ses combattants depuis 2019 et entretient des contacts avec certains officiers du renseignement militaire soudanais. Le groupe combat activement aux côtés des forces armées. La Brigade soudanaise est engagée dans des combats incessants contre les Forces de soutien rapide (FSR) depuis le début de la guerre, et a subi de nombreuses pertes sur différents fronts.

Cette brigade, dirigée par Misbah Abou Zaid Talha, prône une idéologie islamiste radicale. Talha a été blessé au début du conflit et a reçu la visite du général Burhan dans un hôpital d’Atbara, ville du nord du Soudan. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent Abou Zaid scandant des slogans extrémistes et appelant au « djihad » contre les FSR.

Yasser al-Atta

Selon Abdel Moneim Himmat, du journal Al-Arab, le général al-Atta entretient des liens étroits avec certaines factions islamistes au Soudan, notamment celles qui cherchent à regagner de l’influence au sein de l’armée. Cette alliance se manifeste par son hostilité envers les partis politiques et par son discours qui s’oppose aux forces civiles œuvrant à l’instauration d’un véritable système démocratique. Cette approche lui a valu le soutien de certains groupes islamistes, qui voient en lui un instrument capable de remodeler le paysage politique à leur avantage.

Conclusions

La brigade Al-Baraa n’est pas seule à combattre l’armée. D’autres brigades djihadistes affiliées au mouvement islamiste sont également impliquées, telles que la brigade Martyr Anas, la brigade Frappe Éclair, la brigade des Pilotes, les Soldats de la Vérité, la brigade Abdullah Jamaa et Ansar Dawlat al-Sharia.

Malgré les tentatives des Forces armées soudanaises de minimiser le rôle des djihadistes en mettant en avant la brigade Al-Baraa afin de masquer la présence d’autres brigades plus extrémistes comme Ansar Dawlat al-Sharia, qui adhère au djihadisme salafiste, le gouvernement a subi des pressions de la communauté internationale. Cela a incité Burhan à suggérer que l’influence d’Al-Baraa avait considérablement augmenté et suscitait des inquiétudes internationales. Suite aux déclarations de Burhan et de son adjoint, Al-Kabashi, le commandant de la brigade Al-Baraa, Al-Misbah Talha, a rapidement confirmé que sa brigade opérait sous le commandement de l’armée et était armée par les forces armées.

Il est clair que ces djihadistes islamistes constituent le principal obstacle à toute tentative de mettre fin à la guerre et de recevoir leurs ordres de civils extérieurs aux forces armées. Leur puissance s’est accrue avec la décision de Burhan de former la résistance populaire, qui est devenue leur nouvelle source de soutien, d’autant plus que tous les dirigeants œuvrant à la mobilisation sont issus de l’ancien Parti du Congrès national et de son homologue, le Mouvement islamique soudanais.

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