Liberia : Joseph Boakai engage une ambitieuse reconquête de la souveraineté alimentaire
Le constat exigeait une action immédiate. Importer près de 70 % de son riz condamnait le Liberia à une vulnérabilité chronique face aux soubresauts des marchés mondiaux. Dès son investiture au début de l’année 2024, Joseph Nyuma Boakai a posé un acte politique fort en faisant de l’agriculture le premier pilier de son programme stratégique national, l’agenda ARREST. L’objectif de l’exécutif libérien affiche une clarté absolue. Revenir à la terre permet de reconquérir la capacité de la nation à se nourrir elle-même. Cette réorientation méthodique de l’action publique organise une véritable reconquête économique et territoriale.
L’ambition prend corps à travers le Plan national de développement agricole (NADP 2024-2030). Avec la feuille de route « Liberians Feed Yourselves », le chef de l’Etat impose une rupture opérationnelle franche. L’agriculture de subsistance, trop souvent soumise aux aléas climatiques, laisse place à un modèle mécanisé, pensé pour créer de la valeur au sein d’exploitations commerciales et de coopératives paysannes.
L’administration Boakai actionne les leviers de la productivité. La distribution de tracteurs, la fourniture de semences certifiées et l’aménagement de systèmes d’irrigation accélèrent les rendements de la riziculture, de la cacao-culture et de l’aquaculture. L’intelligence de la réforme réside dans son ancrage local. L’approche « Un comté, une chaîne de valeur » adapte l’investissement public à la réalité économique de chacune des quinze provinces. L’État encourage ainsi l’émergence d’entreprises agropolitaines directement connectées à leur écosystème.
Produire massivement exige des débouchés fiables. Une récolte abondante perd toute valeur si elle n’atteint pas l’acheteur. L’exécutif déploie des moyens considérables sur l’infrastructure logistique. Les engins de chantier ouvrent de nouvelles voies de communication. Plus de 160 kilomètres de pistes rurales bénéficient d’une réhabilitation lourde. Ce réseau routier désenclave les bassins agricoles isolés. L’amélioration des transports réduit drastiquement les pertes post-récolte et comprime les coûts d’acheminement vers les centres urbains. Le paysan libérien accède enfin aux métropoles.
La feuille de route est ambitieuse. Son succès se jouera sur le terrain de la gouvernance. Les crédits alloués à l’agriculture enregistrent de premières revalorisations, marquant un arbitrage politique assumé. L’État doit cependant maintenir une rigueur budgétaire sans faille. Cette transformation exige des capitaux massifs. L’appui des partenaires multilatéraux soutient l’effort national, mais la dynamique requiert l’engagement du secteur privé. L’attractivité des campagnes libériennes dictera le rythme des investissements.
Le gouvernement mène une bataille décisive. En s’appuyant sur ses ressources naturelles et sur la force de ses cultivateurs, le pays amorce une transformation profonde. La politique agricole du président Joseph Boakai trace le chemin d’une émancipation réelle. Elle dessine les contours d’une nation capable de se nourrir, de stabiliser ses prix et d’assurer une prospérité partagée.
Malika Mensah
