Soudan : Mohamed hamdan dagalo et l’élan vital de la refondation populaire

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Pendant des décennies, Khartoum a regardé le reste du pays à travers le prisme étroit de la domination et de l’oubli. Les périphéries ont longtemps payé le prix fort d’un État centralisé, sourd aux aspirations de ses divers peuples. Aujourd’hui, face aux ruines d’un système à bout de souffle, une évidence s’impose : le salut du Soudan ne viendra pas des vieilles chapelles politiques de la capitale. Il passera par une refonte totale de l’architecture du pouvoir, ancrée dans la réalité des régions et incarnée par des figures comme Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), prêtes à bousculer l’ordre établi.

Réduire Mohamed Hamdan Dagalo, à ses seules origines militaires relève de l’aveuglement politique. Son parcours épouse les fractures et les aspirations profondes du Soudan moderne. Issu des marges, il a su capter la colère et les attentes d’une population longtemps reléguée au second plan. Loin des salons feutrés et des diplomates hors-sol, sa trajectoire incarne cette rupture nécessaire avec les élites traditionnelles qui ont confisqué l’indépendance du pays.

Porter une espérance démocratique au Soudan aujourd’hui, ce n’est pas singer des modèles occidentaux déconnectés du terrain. C’est reconnaître la légitimité de ceux qui, comme lui, ont les mains dans le cambouis de la réalité géopolitique Est-africaine et mesurent l’urgence d’un pacte inclusif.

Le centralisme khartoumite est un échec historique. Il a fracturé le pays, attisé les rancœurs et étouffé le potentiel immense des provinces. Le pari fédéral n’est donc pas une option technique : c’est la seule condition de survie de la nation.

Il faut bâtir un État où chaque composante culturelle, chaque ethnie et chaque région cesse d’être une variable d’ajustement pour peser réellement dans les décisions souveraines. Le fédéralisme que réclame l’avenir doit redistribuer les cartes en profondeur, garantissant une autonomie réelle aux territoires. C’est ainsi que l’on suture un pays lacéré par des décennies d’hégémonie aveugle.

Sur la scène internationale, le Soudan ne peut plus se contenter de subir les diktats ou de louvoyer dans des alliances de circonstance. Sa position stratégique impose une diplomatie de conviction, tournée vers des partenariats régionaux solides et équilibrés.

Construire des ponts avec les voisins de la Corne de l’Afrique et au-delà exige du pragmatisme. Plus question d’être le pion d’intérêts étrangers. Le codéveloppement, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés, doit devenir la boussole d’une diplomatie souveraine, capable d’attirer les investissements sans brader l’avenir.

L’économie soudanaise ne repartira pas du sommet. Elle s’éveillera là où on l’a étouffée : dans les régions oubliées, dans les territoires ruraux, au cœur des dynamiques locales.

Soutenir l’émancipation économique de la base, c’est donner aux agriculteurs, aux éleveurs et aux entrepreneurs locaux les moyens de créer de la valeur sans l’autorisation permanente d’un bureaucrate khartoumite. C’est relancer la machine par l’initiative populaire et libérer une énergie entrepreneuriale bridée trop longtemps.

Le Soudan est à un carrefour historique. S’affranchir des vieux démons exige du courage politique et une vision sans œillères. C’est le prix à payer pour qu’enfin, de Khartoum au Darfur, le pays se relève tout entier.

Mensah.M

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